Archéologie expérimentale – proposition de restitution d’un fourreau néolithique

Fourreau en liber de tilleul
Fourreau en liber de tilleul.

Cette restitution s’inspire du fourreau néolithique en fibres végétales découvert en 1991 dans les Alpes à proximité du massif de Similaun. Ce fourreau fait partie des multiples accessoires accompagnant le célèbre homme des glaces dénommée dit « Oetzi », ou homme de Similaun, miraculeusement conservé momifié au sein d’un glacier depuis près de 4500 ans. Cet homme préhistorique est exposé au musée de Bolzano en Italie.

Description générale

La restitution proposée ici en liber de tilleul s’inspire de cette trouvaille exceptionnelle, non pour réaliser un fac-similé rigoureusement exact, mais pour permettre d’appliquer une méthode de façonnage authentiquement préhistorique attesté par la trouvaille d’un objet quasi complet, qui a permis aux archéologues et artisans de comprendre la chaîne opératoire mise en oeuvre pour un tel façonnage. Si les techniques néolithiques ont pu être décrites grâce à de nombreux petits vestiges textiles et vanniers mis au jour, les objets tressés en matière végétale complets restent rares et c’est eux pourtant qui nous permettent de mieux connaître certaines habitudes de nos ancêtres. Le fourreau est composé d’une vingtaine de montants et d’environ sept rangs de liaison. La technique utilisée peut être qualifiée d’ «étoffe cordée» (vannerie fine), parce qu’elle fait appel à des éléments souples, auxquelles on imprime manuellement une torsion au fur et à mesure de l’avance du travail. L’objet final, qui n’a pas la rigidité d’un panier de baguettes ou d’éclisses, a servi à préserver et transporter un couteau en forme de poignard, soit une lame de silex fixé de bout sur un manche en bois.

La matière première

Le liber de tilleul est récolté en période de sève, idéalement sur de gros rejets longs, qui sont coupés à leur base et écorcés en larges bandes, celles-ci étant aussitôt mises à rouir en eau dormante durant quelques jours voire quelques semaines. Le liber, situé juste sous l’écorce extérieure et qui se présente comme un mille-feuille, est alors tiré à la main en bandes fines. Les qualités de ce liber sont très diverses, soit des lanières très fines, souples et malléables (elles peuvent être filées), soit des lanières plus épaisses et plus rigides qui peuvent être utilisées en vannerie fine. Les longueurs de ces lanières sont aussi très variables. Lors du prélèvement des lanières de liber après rouissage, il est nécessaire de les trier en tenant compte des longueurs, des épaisseurs et des souplesses, qualités qui les destinent à des usages différents.

Les composants du fourreau

  1. Des lanières de liber souples, d’une longueur de 40 à 50 cm, qui vont servir de montants verticaux, de quoi former une dizaine de faisceaux que l’on repliera à la lisière initiale pour obtenir une vingtaine de montants. La dimension d’un faisceau devrait atteindre environ 3-4 mm de diamètre après lui avoir donné une torsion
  2. Des lanières de liber fines, souples et longues, d’une longueur de 60 à 100 cm. Elles vont servir à lier les montants entre eux et à façonner la cordelette de couture du réseau textile et la cordelette de suspension. Pour lier les montants entre eux, on utilise la technique à double brins cordés S-2Z. C’est  la même technique que pour réaliser la cordelette retors à deux brins, mais à chaque demi-tour de contre-torsion S, on va prendre et enserrer un montant.

La chaîne opératoire

  1. Préparer les faisceaux de lanières pour les montants et leur donner une torsion Z au milieu de leur longueur.
  2. Façonner la lisière initiale et simultanément premier rang de liaison. Placer le premier faisceau, l’enserrer par un demi-tour de contretorsion en S du double élément liant, le replier aussitôt vers le haut et l’enserrer à son tour par un nouveau demi-tour de contretorsion de l’élément liant. Façonner ce premier rang de liaison, de gauche à droite, jusqu’à intégrer les 10 faisceaux repliés.
  3. A ce stade on retourne la pièce complètement de manière à ce que le dernier montant se retrouve à gauche – montants dirigés vers le haut – et on double ce premier rang de liaison. La lisière initiale est ainsi composée d’une double rangée de liaison.
  4. Pour commencer le deuxième rang de liaison, façonner environ 2-3 cm de cordelette retors avec les deux brins qui ont servi à la liaison du premier rang, dans le même geste et à la suite de la liaison précédente. Ce bout de cordelette est placée verticalement le long de la lisière latérale et on démarre alors le nouveau rang de liaison, en parallèle, à environ 2-3 cm du premier rang. On imprime une torsion Z à chaque montant avant de l’enserrer. On retourne à nouveau la pièce de manière à ce que dernier montant sur la droite redevienne le premier sur la gauche.
  5. Pour le troisième rang de liaison, utiliser le même procédé de passage que précédemment, mais il faut diminuer le nombre de montants, en assemblant les deux premiers et les deux derniers montants du réseau textile de manière à amorcer la mise en forme en trapèze.
  6. Et ainsi de même pour les quatrième, cinquième et sixième rangs de liaison, avec les diminutions des extrémités latérales. Au sixième rang, il n’y aura ainsi plus que 12 montants. Les lisières latérales risquent de devenir trop épaisses par l’assemblage des montants. Il faut alors éliminer des lanières de liber pour ne pas augmenter le diamètre des montants latéraux, ce qui peut déséquilibrer le réseu
  7. Lorsque le sixième rang de liaison est terminé, on façonne une longue cordelette retors à partir des deux brins de liaison, elle va servir à lier le bas du fourreau d’abord, puis assembler le réseau textile replié sur lui-même, et enfin à façonner la cordelette de suspension.
  8. On replie alors le trapèze obtenu par le milieu, de manière à ce que les deux lisières latérales se superposent. On lie alors d’un coup l’ensemble des montants par deux demi-clés successives à l’aide de la cordelette façonnée précédemment, c’est le septième et dernier rang de liaison.
  9. Les montants ne forment alors plus qu’un seul faisceau, qui peut être coupé quelques cm en dessous du septième rang de liaison. On peut aussi le replier et le placer le long des lisières latérales, après lui avoir donné une torsion Z. Dans ce cas, il sera intégré à la liaison des lisières latérales.
  10. On relie ensuite les lisières latérales à l’aide de la même cordelette, par un passage entre les rangs de liaison, technique «à brins tournés», en prenant ensemble les montants des deux lisières latérales, jusqu’entre le deuxième et troisième rang de liaison. On fait ici deux demi-clés successives pour assujettir l’ensemble.
  11. A partir de là, encore avec la même cordelette, on fait un anneau de suspension de 4-5 cm de diamètre. L’extrémité de la cordelette revient alors entre le deuxième et troisième rang de liaison et deux demi-clés successives peuvent alors terminer le fourreau.

Commentaires

Cette restitution est une des manières de procéder, il en existe plusieurs autres. L’espacement des rangs de liaison définit les dimensions du fourreau, ainsi que le nombre de montants, ainsi que l’épaisseur des faisceaux de lanières, ce qui permet de s’adapter facilement à l’outil que l’on désire mettre en fourreau. Une torsion régulière en Z des montants aide à une bonne tenue du réseau textile. La cordelette de suspension peut être remplacée par une lanière de cuir.

Une réflexion sur “Archéologie expérimentale – proposition de restitution d’un fourreau néolithique

  1. Bonjour Jacques,

    Superbe article sur la restitution de cette vannerie particulière, que j’ai eu l’occasion de réaliser à tes cotés sur le site de Terran. Sans doute, un complément par quelques photos permettrait de visualiser tes explications pourtant claires, je le reconnais.
    Amitiés,

    Nicolas

    J'aime

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