La vannerie à montant spiralé cousu de La Draga – Catalogne

figure227Dessin-schéma de la vannerie spiralée de La Draga

La mise au jour, lors de la campagne de fouilles de 1998, d’un large fragment de fond de panier particulièrement bien conservé en matière végétale nous permet de décrire une technique vannière pratiquée sur les côtes de la Méditerranée occidentale vers la fin du 6e millénaire avant Jésus-Christ. La matière première n’est pas reconnaissable à l’œil nu, mais il s’agit vraisemblablement de tiges ou de feuilles de grands herbages, que l’on trouve habituellement en zone humide ou marécageuse. 

L’analyse archéobotanique en cours permettra peut-être d’apporter des précisions à ce sujet. A l’origine, ce récipient atteignait au moins une trentaine de centimètres de diamètre. On ne peut pas préciser s’il comportait des parois droites ou obliques, de type « panier à pain », ou s’il s’agissait simplement d’un support plat, de type « sous-plat ».

La vannerie à montant spiralé cousu est un réseau composé d’un montant constitué d’un faisceau de matière première brute ou apprêtée – tiges, feuilles ou lanières – qui s’enroule en spirale sur lui-même, de manière progressive, sur un même plan et vers l’extérieur. La cohésion de la structure est assurée par le passage successif d’un ou de plusieurs brins qui assujettissent le montant au fur et à mesure de l’avancement du travail, d’une part en l’enserrant (pour la partie nouvelle du montant, vers l’extérieur de la vannerie) et, d’autre part, en le traversant (pour la partie déjà fixée du montant, vers l’intérieur de la vannerie). La pièce étudiée est une vannerie cousue, car l’élément de liaison traverse de part en part l’élément lié. Cet acte nécessite de disposer d’un outil adéquat, soit d’une aiguille de vannier à chas ou à tête encochée, soit d’un poinçon de vannier, ou même des deux outils successivement. Quelques marques de perforation de 3-4 mm de diamètre montrent qu’un poinçon a vraisemblablement été utilisé et que les brins ont été passés à la main dans la perforation laissée par la pointe. Sans trouvaille corroborante, la morphologie précise de cet outil reste vague. On peut admettre qu’il était en os ou en bois.

Le départ de la vannerie est clairement visible. Il correspond à la partie centrale du fond. En surface, apparaît une disposition en étoile, résultant des premiers brins de liaison utilisés pour bloquer le premier et le deuxième tour circulaire du montant. Pour ce départ, l’artisan n’a pas effectué de couture, il a fait revenir le brin à chaque fois au centre, après avoir enserré le montant. Une quinzaine de passages sont observables. On constate qu’au moins deux lanières différentes ont été utilisées, l’une mesurant 5 mm de large est visible pour deux à trois  passages successifs, l’autre plus étroite, 2 mm, pour une dizaine de passages successifs. Ces deux lanières ont été utilisées l’une après l’autre, démontrant la longueur limitée des éléments de liaison à disposition. Chaque tour de liaison nécessitant près de 5-6 centimètres (environ 2 centimètres sur le plat de chaque côté, auxquels il faut ajouter l’épaisseur), la longueur minimale du second brin peut être évaluée à 50-60 centimètres.

Le montant effectue une vingtaine de tours en spirale autour du point de départ (le récipient achevé pouvait en comporter bien davantage), s’étalant sur une quinzaine de centimètres, soit une répartition décimétrique de 13-14 montants. Le montant lui-même occupe horizontalement un espace de 7-8 mm. Comme il est compressé par l’acte de couture, on peut estimer que cette dimension correspond à peu près à l’épaisseur du fond ou de la paroi du récipient. Pour ce type de vannerie, l’expérimentation montre qu’il est nécessaire de comprimer le montant, et même parfois de lui imposer une certaine torsion, de façon à attribuer une ferme cohésion à la totalité de l’objet. Pour constituer un montant de cette taille, il est nécessaire de rassembler un faisceau d’éléments végétaux (tiges, feuilles ou lanières de liber), jusqu’à obtenir, puis à maintenir, la dimension voulue. Le montant observé ici n’a pas un diamètre rigoureusement régulier, mais l’ensemble forme une structure homogène.

figure228a) le départ, le montant et les brins b).la couture à brins doubles, c) le chevron, d) l’augmentation des points de couture

La disposition des brins met en évidence une technique particulière de couture. Si pour le départ l’artisan n’a utilisé qu’une seule lanière, le reste de l’ouvrage a été cousu par deux lanières simultanément, chacune d’elles traversant le montant en opposition. Cette manière de procéder engendre un zigzag caractéristique qui suit le parcours du montant et se développe, comme lui, en spirale autour du point central initial. Les rangs de couture et de zigzags se côtoient avec un léger décalage, de manière à ne pas transpercer les brins, ce qui dessine visuellement un chevron. Là encore, on constate une variation de largeur des brins utilisés, les plus fins ne dépassant pas 1 mm, les plus grands atteignant 5 mm. L’artisan ne s’est donc pas préoccupé de choisir des éléments uniformes, ni même de les régulariser, il a simplement opté pour les plus solides et les plus longs. Cette variabilité dimensionnelle n’aide pas à mettre en évidence le dessin du chevron. L’artisan n’a pas non plus suivi scrupuleusement un schéma prédéterminé de couture. Il a commencé par l’un ou l’autre brin, indifféremment par celui situé à sa gauche ou à sa droite. Il n’a pas non plus respecté méthodiquement la régularité du chevron, puisque les points de couture ne se trouvent pas toujours dans la même situation géographique. En certains endroits, il a même abandonné le second brin en cours de route, ne cousant plus qu’avec un seul brin. En d’autres endroits, il a aussi pris ensemble deux ou trois montants d’un seul coup. Ces observations nous invitent à penser que l’aspect utilitaire primait sur l’aspect décoratif, l’artisan s’adaptant de manière opportune aux problèmes posés en cours de réalisation, à la solidité de la matière végétale et à la longueur des brins à disposition. L’emploi de deux brins simultanés en opposition permet de serrer le montant avec moins d’effort et de mieux jouer avec la faiblesse de la matière première. L’espacement des points de couture se situe en moyenne et en majorité vers 5-6 mm (maxima = 4 et 10 mm), en notant que ces chiffres sont le résultat de mesures sporadiques.

Les brins et le montant sont-ils composés de la même matière végétale? Les variations observées nous indiquent que l’artisan a probablement utilisé des tiges ou des feuilles de grands herbages. Cela est particulièrement clair pour les brins qui ont servi à la couture, les portions les plus larges correspondant à la base des tiges, et les plus étroites à leur sommet. C’est moins évident pour le montant du fait de sa compression. Celui-ci laisse pourtant ponctuellement transparaître la présence côte à côte de plusieurs éléments larges qui ressemblent aux brins de couture. Les joncs ont des caractéristiques qui peuvent correspondre à ces diverses observations.

L’usage d’un tel récipient est inconnu, mais ses qualités artisanales sont remarquables. Avec peu de moyens et une étonnante adaptation à la matière première, les artisans ou artisanes préhistoriques réussissent à composer un réseau vannier de qualité.

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